Je me demandais en combien de temps ca viendrait, alors voila, les premiers coups durs de mon aventure indonésienne sont tombés. On peut appeler ca désenchantement ou déception, mais c’est quand même trop fort, je ne repartirais pas d’ici si on me le proposait. La déception vient surtout de ma vision des gens autour de moi, que ce soit ceux que je connais ou ceux que je ne fais que croiser, les lieux aussi, enfin les situations.
Désenchantement, c’est un peu voir tout d’un coup les mauvais côtés d’ici, en l’occurrence les amibes que j’ai chopés, un coup de pas de chance mais qui a des conséquences un peu chiantes, d’où effet sur un moral fragilisé par la situation (quoi vous croyez encore que je passe ma vie sous un cocotier avec des beaux mecs autour de moi ? Pour les uns comme pour les autres, j’attends encore…), et aussi le manque de vie sociale, qui s’impose une fois les premiers contacts établis.
Un peu de culture, les amibes c’est quoi ? Des saloperies de bactéries, qui peuvent s’infiltrer dans les intestins quand on a eu la mauvaise idée de boire la mauvaise eau ou de manger la mauvaise bouffe dans le mauvais resto… bref le résultat est un certain désordre intestinal (quelqu’un a besoin de précision ?), assez douloureux, avec des hauts et des bas, donc un peu dur psychologiquement. Bref je me suis forcée à aller voir un médecin (total 200 euro, 7h en voiture en cumulé et des prélèvements inédits pour moi), et j’ai eu raison car ces petites bêtes peuvent devenir très méchantes, en particulier en allant foutre la merde (sans mauvais jeu de mot) ailleurs dans l’organisme… Donc il faut s’en débarrasser, ca se fait de façon très efficace avec des médocs. La on me dira alors de quoi tu te plains tu vas guérir. En fait les effets secondaires sont assez costauds (j’en suis au premier jour alors je ne fais qu’imaginer) et chiants, entre autres sport interdit.
Bref tout cela parait un peu léger pour un désenchantement, mais disons que j’avais commencé à me faire ma petite (balbutiante, OK) vie sociale hors de l’entreprise et des 3-4 autres expatriés, entre autres grâce a l’ultimate. D’ailleurs le tournoi de Bali, j’en rêverais presque la nuit, mais du coup c’est compromis car si tout se passe bien j’aurais arrêté le traitement quelques jours avant… Donc voila, tout ca a cause de ces sales bestioles je suis privée de mon activité extra-boulot préférée (et unique, car on sort le week-end mais entre gens de l’entreprise alors ca compte pas a 100% comme extra-pro), de mon sport, nécessaire a mon bon équilibre physique et psychologique parce que quand même bosser plus de 8h par jour ca tape un peu sur le système et de ma vie sociale extra-pro, tout ceci étant lié comme j’essaie de l’expliquer. Bref en 3 mots, ca fait chier (et encore une fois, sans mauvais jeu de mots).
Une légère déception concerne donc aussi la vie sociale, on est un peu en vase clos, j’ai besoin de plus d’interaction, avec plus de gens différents, faire la fête le week-end (enfin, au moins le week-end, mais la semaine je suis trop fatiguée), rencontrer des gens etc. Ici les autres expats sont plus vieux, leur dernière année d’études ne remonte pas a seulement quelques mois, ils aiment leur confort et leurs pantoufles (et je les comprends très bien). On ajoute à ca que la première copine que je peux me faire passe parfois des soirées à lire le Coran avec d’autres nanas et je cherche encore ce qu’on a en commun. Pas d’offense pour elle, elle est adorable et j’ai été très touchée par les marques d’intérêt qu’elle me porte. Mais desolee, je ne viendrait pas jouer au badminton a 8h le dimanche matin.
En tout cas cela m’amène à mon sujet de réflexion et d’interrogation principal : qui sont les Indonésiens ? Et Indonésiennes bien sur…
Ces gens qui nous dévisagent ouvertement, mangent du riz qui pue a tous les repas, parlent une langue sans grammaire (nom moi Borat), vivent au rythme de leur religion plus que dans d’autres pays musulmans pourtant plus intégristes, mettent des voiles a des petites filles d’a peine 4 ans, montrent toujours un visage égal et si difficile a interpréter…
Il y a des façons faciles de les cerner, pour certains ce sont simplement des faignants, pour d’autres la mauvaise alimentation pendant l’enfance nuit au développement de leur cerveau, d’autres encore évoquent les seulement 50 ans d’indépendance du pays ou l’importance trop élevée de la religion dans leur vie, parfois au détriment de choses qu’on a tendance à placer toujours au premier plan (enfin surtout le boulot).
Comment ne pas s’énerver quand a chaque fois qu’on dit merci a quelqu’un, et dans sa langue SVP, on s’entend répondre un yeah trainant et sans conviction ? Ou que quand dans un resto vide on attend une demi-heure un jus de fruits (ils sont partis cueillir les fruits ou quoi ?) ? Ou encore quand on voit des parents balader sur leur moto des gamins sans casque ? Ou quand les employés ont une fâcheuse tendance à essayer de gratter quelques euros de toutes les manières qui leur passe par la tête ?
Mais je trouve ca trop facile de juger aussi vite et de manière aussi globale la population entière d’un pays.
Pour commencer, la lenteur de certaines choses, le manque de réactivité que semblent montrer un grand nombre d’Indonésiens ainsi qu’un désintérêt flagrant pour certaines choses qui nous paraissent particulièrement importantes, peuvent s’expliquer, si on essaie quelques instants de sortir de notre vision bien occidentale de la vie. Apres tout, on est ici aussi pour comprendre que notre manière de penser n’est pas universelle. La lenteur et le manque de réactivité peuvent être mis en opposition avec un stress et une poursuite effrénée du profit et du rendement qui ont un sens dans notre culture et collent avec notre mode de vie. Mais ce mode de vie et d’organisation ont été imposés à des populations colonisées. Pourquoi ont-elles été colonisées ? Parce qu’elles étaient plus faibles, moins développées… ou alors parce qu’elles ne cherchaient pas à se développer, justement, de la même manière que nous. Parce que leurs valeurs ancestrales, leur histoire et leur situation ne les poussaient pas à ce type d’évolution qui a été le notre. Par contre ces populations n’ont pas refusé les progrès qui ont été amenés par les colonisateurs : médecine, confort, puis plus tard télévision ou junk food… Ils se sont d’une certaine manière retrouvés piégés dans un mode de vie inadapté à leur mentalité, à leur histoire et à leur milieu, qui ne les avaient pas préparés à faire face au nouveau mode de fonctionnement, dont ils ne pouvaient plus se séparer. Et justement, qu’est-ce que 50 ans d’indépendance face a plusieurs centaines voire de milliers d’années de développement propre ?
Quant a la religion, quand on connait la puissance qu’elle peut avoir sur l’esprit des gens, on comprend que ce n’est pas la population d’un pays qu’on juge mais la doctrine abrutissante et infantilisante qui a les mêmes effets sur certains adultes français élevés de façon laïque et sur n’importe quel enfant de n’importe quel pays a qui on la présente, des le plus jeune âge, comme la vérité vraie et la croyance qui doit guider sa vie. Quand en plus des mauvaises conditions de vie, injustices, catastrophes naturelles (fréquentes en Indonésie), perturbent et déstabilisent les esprits, comment peut-on s’étonner que nous, Français privilégiés et surs de nous et de nos valeurs, soyons si incompris et si décalés ici ?
Quant aux autres questions, il ne doit pas être très difficile de leur trouver une réponse. Par exemple, a-t-on pensé une seconde au salaire de ces employés qui essaient de nous gratter par des moyens parfois si évidents ? Et au notre ? Quant au travailleur faignant, si jamais il est en train de passer par la même crise d’amibes que moi, je peux comprendre qu’il ait du mal à se bouger le cul, rien que le fait d’être debout était difficile par moments…
Mais ce qui est sur, c’est que les situations ne sont pas toujours faciles accepter, entre autres les Indonésiens ne sont pas très forts pour comprendre qu’on peut être différents d’eux, et ils ne se gênent pas pour le faire sentir. En même temps encore une fois quand on voyage on a cet avantage d’en avoir plus vu que celui chez qui on est, donc on se doit d’être celui qui a le plus d’ouverture d’esprit et qui comprend que l’autre en face en a moins.
J’espère que cette réflexion n’apparait pas trop négative, et qu’elle ne sera pas mal interprétée. J’adore être ici, mais ce n’est pas facile tous les jours d’être loin de chez soi, de ses amis et de sa famille et de ne pas toujours comprendre les gens qui nous entourent. Ce qui est a la base une bonne attention nous apparait parfois comme un harcèlement idiot, les rires nerveux qu’on peut prendre pour des moqueries sont peut-être des manifestations d’inconfort face a des étrangers intimidants… Mais pourquoi devrait-on demander à ces gens de nous comprendre alors que nous en sommes incapables ? Apres tout c’est nous qui venons chez eux, c’est nous qui avons accès a la comparaison entre deux cultures, a l’ouverture d’esprit favorisée par notre statut social. Mais parfois la moindre contrariété apparait comme un aspect d’une conspiration générale et amène à se demander : mais qu’est-ce-que je fous ici ? A quoi est-ce que je pensais quand j’ai signé pour ce boulot ? Mais si c’était à refaire, je referais pareil… rien que pour le dépaysement, la découverte, les sourires et l’accueil des Indonésiens, et bien d’autres choses…
samedi 31 mars 2007
mardi 6 mars 2007
Début du récit de mes aventures en Indonésie…
Voila mon 'aventure' indonesienne a commencé, pour l'instant je ne suis pas décue par le dépaysement ni les gens que j'ai rencontré.
Pour le coup, comme dirait un des mes collègues, je suis une aventurière, ou plutôt une pionnière. Bien sur je ne suis pas la première fille expatriée en Indonésie, mais en tout cas pour le boulot que je vais faire, si je ne suis pas la première, je n’en suis pas bien loin.
Pour l’instant le constat évident de mes premiers jours ici, c’est que cette expérience va être en tous points totalement différente de celle à Rio. Pour commencer l’arrivée : le boss du « Welltekindo Technical Center », ou JTC, est venu me chercher a l’aéroport avec son chauffeur et sa grosse voiture avec vitres teintées… plus confortable que le bus, de toute façon je ne suis pas trop sensée prendre le bus ici (déjà une aberration pour moi). Bref je ne vais pas me plaindre. Comme il faut aller dans le centre de Djakarta le lendemain (au siège de la boite) et que la maison ou je vais habiter est de l’autre cote de la ville, c’est plus simple de dormir a l’hôtel. Diner offert par Bruno (oui je vais pas continuer à l’appeler le boss, il est trop cool pour ca), merci ! Le lendemain c’est le premier aperçu de Djakarta, complètement un autre monde… la première chose qu’on remarque, a part qu’on est clairement pas en France ni même en Europe, c’est les embouteillages. C’est la folie, la ville s’est clairement développée anarchiquement et le pouvoir n’a pas réussi à suivre au niveau des routes. Il faut préciser que parmi les véhicules environ la moitié sont des motos, scooters et apparentés, certains tout pourris, d’autres un peu mieux. La palme revient aux petites motos perraves ornées d’un autocollant du style ‘addicted to speed’ ou ‘Goooooo !!!’. Sinon j’ai halluciné sur les petites voitures – tricycles, très colorées, ouvertes a l’arrière (photos à venir). Le bémol c’est le casque non systématique, il doit y avoir des accidents quand même. Surtout abusé quand on voit des gosses tout jeunes (voire des bébés) sur la moto avec les parents. Mais vu le manque de transports en commun, ca se comprend… Beaucoup de gens en deux-roues ont des foulards autour de la bouche et du nez, vu le nombre de véhicules on comprend.
Bref le premier jour j’ai rencontré les français de la boite, tous sympas même si un peu trop pressés de me faire partager leur vision du pays (j’ai envie de me faire ma propre opinion). Ensuite c’est les présentations au JTC, apparemment les Indonésiens vont avoir besoin d’un peu de temps pour s’habituer a moi, il faut dire qu’en plus d’être une nouvelle française je suis une fille et plus grande que la plupart ! Mais ils ont l’air curieux, pas du tout hostiles. Le boulot s’annonce bien, mais ca ne ressemble pas aux conditions françaises (les toilettes pour femmes sont a l’autre bout du site, fermées a clé par exemple, ou alors l’heure de la prière rythme le boulot pour certains). Ce que je ressens en tout cas du coté indonésien c’est une tolérance, en particulier au niveau religieux, même si il vaut mieux dire qu’on est chrétien plutôt qu’athée.
Je vais rester au bureau pendant un mois pour avancer un peu sur mon projet. Ca va commencer à être spécial sur les chantiers car comme je l’ai dit je suis la première fille qui sera formée par Geoservices pour ce boulot. Mais ca devrait bien se passer (j’espère).
En fait on n’habite pas à Djakarta même mais a Cikarang, à 20 km a peu près, tout près du bureau. C’est plus calme et moins pollué mais il y a moins de choses à faire. Et il faut plus d’une heure pour arriver à Djakarta même, à cause des embouteillages. Mais c’est la qu’on est bien contents d’avoir le chauffeur. C’est comme être dans le train par exemple sauf qu’il y a de la place et on va ou on veut exactement.
Sinon la ville est très dépaysante, j’ai eu l’occasion de la traverser pour des formalités administratives. J’ai déjà parle des embouteillages et des motos … Les gens ont un type physique très asiatique dans l’ensemble, mais ils ne sont pas tous « pareils » : il y en a des plus ou moins basanés, avec les yeux plus ou moins bridés… Partout il y a de petits chariots colorés qui sont des stands de bouffe locale (dangereux pour les intestins il parait), les commerces ont vraiment un style particulier, l’ambiance est difficile a exprimer. Par contre ce qui est facile a exprimer c’est la frustration que je ressens a tout voir a travers les vitres fumées de la voiture, de se faire conduire partout et d’avoir l’impression de toujours devoir rester dans les chemins balisés… mais ma visite aux bureaux de l’immigration m’a fait comprendre que les choses ne seraient pas aussi facile qu’au Brésil… je crois que beaucoup moins de gens parlent anglais et en plus on est tout de suite repérés en tant qu’étrangers, donc riches car soit expats soit touristes (quoiqu’a notre style c’est plutôt la première option qui prime). Les gosses sont marrants, ils nous regardent comme des attractions de foire, surtout à Cikarang (zéro tourisme).
Je n’ai pas trop vu de paysages encore, à part des bouts de ville. C’est marrant car j’ai parfois des impressions du Brésil, en particulier en ce qui concerne les bidonvilles, même si les briques rouges des indonésiens sont plus petites et que les conditions ont l’air encore pire.
Pour en revenir a mes ‘colocataires’, ils sont trois : le mec dont je parlais tout a l’heure, Clement, qui est notre supérieur direct. Il est sympa, même si je pense qu’on n’aurait pas été potes si on s’était rencontrés dans d’autres conditions. Le deuxième français, Jean, est dans le genre à donner des conseils tout droit sortis de son guide de voyage (j’ai le même merci) et si on l’écoute on ne fait rien ou presque qui n’a pas été auparavant testé et approuvé par lui. Mais il n’est pas méchant et même plutôt intéressant (ancien marin-pompier). Le 3e est Ignacio, un chilien un peu ouf sur les bords, c’est le ‘grand frère’, il aura 30 ans en mai. Mais il ne les fait pas et il est vraiment rigolo, et intéressant, on sent qu’il réfléchit beaucoup et prend le temps d’essayer de connaitre les indonésiens, bref il est très humain, dans le bon sens du terme.
Les premiers jours ont été assez calmes, boulot toute la journée, déjeuner avec Clement et Bruno (qui ont une tendance un peu trop marquée à parler boulot, apparemment c’est l’influence de Clement). Le soir on passe le temps « en famille », on papote, en anglais français et un peu espagnol. On rigole bien, surtout grâce à l’influence d’Ignacio, Jean et Clement sont plus posés. La maison est plutôt pas mal, grande, ma chambre est immense, avec une grande salle de bains, c’est super (c’est Bruno qui a décidé que je l’aurais mais je suis sure que les mecs me l’auraient laissée tellement ils sont gentils). Il y a une petite nana (Ikoum, la ‘maid’) qui est la pour nous faire a manger si on veut, le ménage et la vaisselle aussi. Au début ca m’a un peu choquée, je n’aime pas trop me faire servir, mais je crois qu’elle est contente avec ce boulot, et puis comme disent les autres, je dois attendre un peu et je vais m’habituer très vite. On va voir… mais je pense qu’ils ont raison. Et c’est une réflexion que j’ai déjà eu en France, ca serait même abuser que de ne pas avoir d’employés, vu ce que ca coute par rapport a ce que ca leur apporte.
Le premier week end a bien commencé, le vendredi soir petit resto-bar avec Bruno, Ignacio et Jean (Clement est parti en France entre autres pour se marier, il revient avec sa femme dans 3 semaines). Le bar s’appelle Aphrodite, c’est un endroit pour expats et riches Indonésiens. C’est marrant car c’est exactement le genre d’endroits que je fuyais au Brésil, mais en même temps comme me l’ont confirmé les mecs, je n’aurais rien à faire dans un bar populaire. Ce soir-la c’est soirée spéciale, il y a un tableau blanc ou on peut écrire son nom et un petit mot. Ignacio décline la proposition d’une hôtesse d’écrire, mais je l’engrène pour écrire de la merde. Ca donne « Viva la triple penetracion », signé Gilles (une blague entre Ignacio et Gilles, un français de la boite qui bosse au siège, très sympa aussi), j’écris « Gosto da punheta » signé Clement. Dans le bar on voit beaucoup de « vieux expats », 45-50 ans, des têtes de gens qui ont pas mal levé le coude pendant leur vie. Ils sont en groupe ou alors beaucoup sont avec des filles indonésiennes beaucoup plus jeunes. On ne va pas s’étonner…
On passe la soirée à discuter entre nous, c’est sympa, Bruno n’a pas de problème à passer une soirée avec nous même si on est plus jeunes que lui, mais pour recadrer il faut dire qu’il fait beaucoup plus jeune que son âge. Il est marrant car il est très cool, et en même temps on sent une personnalité intéressante, mais pas facile à comprendre. J’aime beaucoup Ignacio aussi, il m’appelle sa petite sœur. Je n’arrive pas trop à cerner Jean, il est posé, peut-être timide.
On ne rentre pas trop tard car les mecs ont formation de slickline le samedi matin et ca m’arrange car je suis crevée, trop d’émotions, de dépaysement et de nouveautés pour une semaine. La façon dont l’arrivée s’est faite, je n’ai pas eu beaucoup le temps de me poser pour réfléchir ou même ne penser a rien (je sais ca parait un peu contradictoire mais ca ne l’est pas tant que ca).
Le lendemain matin, quand je me lève les mecs ne sont pas la et je décide d’aller faire un petit tour a pied, mais ma clé ne veut pas ouvrir la porte d’entrée. Tout est fermé, j’arrive à sortir dans le jardin mais c’est à l’arrière de la maison et il faudrait escalader un mur. Je me dis que ca ne vaut pas le coup car ils devraient être de retour peu de temps après. J’échange quelques mots d’indonésien avec Ikoum la maid, elle part rejoindre sa famille (elle a deux enfants) pour le weekend, je lui donne un peu d’argent, je me suis laissé attendrir.
Ensuite on va manger au resto (vraiment pas cher, mais je vais essayer de ne pas en faire une habitude, tout est tellement gras) puis on part pour Djakarta, direction un quartier de centres commerciaux ‘spécialisés’, en l’occurrence on y va pour l’électronique. Sur le chemin on passe à coté de bidonvilles, ca a l’air plus dur que les favelas… et ca fait bizarre de passer a coté dans une grosse voiture avec chauffeur, je culpabilise encore plus que d’habitude.
Dans le centre commercial c’est un peu moins cher qu’en France, ca dépend des produits, mais je me suis acheté un appareil photo supplémentaire plus petit (Sony W-50) pour les photos de tous les jours et sur le terrain. C’est marrant, il faut marchander et je crois que j’ai eu des bons prix… pour une étrangère ! L’étape suivante était le Java Jazz Festival (Java est l’ile sur laquelle se trouve Djakarta). On a retrouvé Bruno la, et on a vu des concerts super, des très bons artistes, même si on ne les connaissait pas. Le moment rigolo de la soirée a été quand on s’est incrustés dans un espace VIP réservé aux managers d’Astro, une chaine de télé, grâce a Bruno (a son charisme si on l’écoute, en fait aussi grâce au manque d’assurance des hôtesses indonésiennes face aux expatriés). Justement il y a un petit malaise a ce niveau la, une sorte de rapport inégal qui s’est mis en place. On explique ca par diverses raisons, peu de temps d’indépendance donc une fierté nationale assez faible peut-être, la plus petite taille encore (peut-être), le fait que les étrangers amènent beaucoup d’argent et aussi parce que certains cultivent l’idée que les indonésiens leur sont inferieurs. Bref ce ne sont que des suppositions, je ne suis pas ici depuis assez longtemps pour tout analyser de manière objective.
La fin de soirée s’est passé au bar Los Amigos, bar mexicain dans le quartier diplomatique, diner sympa. Ahhhh je viens de voir passer un camion rempli de poulets entasses les uns sur les autres….. On parle beaucoup de grippe aviaire ici, ca a commencé dans le coin.
Samedi on est donc rentrés pas trop tard, on a encore eu une discussion intéressante avec Ignacio, et puis dodo. Le petit déjeuner a été pour nous un repas indonésien au centre commercial du coin, des brochettes de bœuf et du riz. Ensuite pour moi, direction Djakarta pour un petit tournoi d’ultimate, les gens étaient tous très sympas (j’en reviens à l’ instant ou j’écris), j’ai joué comme une merde mais après presque 6 mois (voire plus) presque sans sport, j’ai des excuses. Il y avait essentiellement des expats mais aussi des indonésiens, je me suis bien défoulée, j’y retournerai !!! Et normalement si le boulot le permet j’irai avec eux a un tournoi a Bali le week-end de Pâques.
Sinon spéciale dédicace a Antoine et Conight les motards, j’ai vu samedi soir une moto équipée d’un néon, et oui, rouge en l’occurrence. On en a rêvé pour vous, les Indonésiens l’ont fait !
Bisous a tous...
Pour le coup, comme dirait un des mes collègues, je suis une aventurière, ou plutôt une pionnière. Bien sur je ne suis pas la première fille expatriée en Indonésie, mais en tout cas pour le boulot que je vais faire, si je ne suis pas la première, je n’en suis pas bien loin.
Pour l’instant le constat évident de mes premiers jours ici, c’est que cette expérience va être en tous points totalement différente de celle à Rio. Pour commencer l’arrivée : le boss du « Welltekindo Technical Center », ou JTC, est venu me chercher a l’aéroport avec son chauffeur et sa grosse voiture avec vitres teintées… plus confortable que le bus, de toute façon je ne suis pas trop sensée prendre le bus ici (déjà une aberration pour moi). Bref je ne vais pas me plaindre. Comme il faut aller dans le centre de Djakarta le lendemain (au siège de la boite) et que la maison ou je vais habiter est de l’autre cote de la ville, c’est plus simple de dormir a l’hôtel. Diner offert par Bruno (oui je vais pas continuer à l’appeler le boss, il est trop cool pour ca), merci ! Le lendemain c’est le premier aperçu de Djakarta, complètement un autre monde… la première chose qu’on remarque, a part qu’on est clairement pas en France ni même en Europe, c’est les embouteillages. C’est la folie, la ville s’est clairement développée anarchiquement et le pouvoir n’a pas réussi à suivre au niveau des routes. Il faut préciser que parmi les véhicules environ la moitié sont des motos, scooters et apparentés, certains tout pourris, d’autres un peu mieux. La palme revient aux petites motos perraves ornées d’un autocollant du style ‘addicted to speed’ ou ‘Goooooo !!!’. Sinon j’ai halluciné sur les petites voitures – tricycles, très colorées, ouvertes a l’arrière (photos à venir). Le bémol c’est le casque non systématique, il doit y avoir des accidents quand même. Surtout abusé quand on voit des gosses tout jeunes (voire des bébés) sur la moto avec les parents. Mais vu le manque de transports en commun, ca se comprend… Beaucoup de gens en deux-roues ont des foulards autour de la bouche et du nez, vu le nombre de véhicules on comprend.
Bref le premier jour j’ai rencontré les français de la boite, tous sympas même si un peu trop pressés de me faire partager leur vision du pays (j’ai envie de me faire ma propre opinion). Ensuite c’est les présentations au JTC, apparemment les Indonésiens vont avoir besoin d’un peu de temps pour s’habituer a moi, il faut dire qu’en plus d’être une nouvelle française je suis une fille et plus grande que la plupart ! Mais ils ont l’air curieux, pas du tout hostiles. Le boulot s’annonce bien, mais ca ne ressemble pas aux conditions françaises (les toilettes pour femmes sont a l’autre bout du site, fermées a clé par exemple, ou alors l’heure de la prière rythme le boulot pour certains). Ce que je ressens en tout cas du coté indonésien c’est une tolérance, en particulier au niveau religieux, même si il vaut mieux dire qu’on est chrétien plutôt qu’athée.
Je vais rester au bureau pendant un mois pour avancer un peu sur mon projet. Ca va commencer à être spécial sur les chantiers car comme je l’ai dit je suis la première fille qui sera formée par Geoservices pour ce boulot. Mais ca devrait bien se passer (j’espère).
En fait on n’habite pas à Djakarta même mais a Cikarang, à 20 km a peu près, tout près du bureau. C’est plus calme et moins pollué mais il y a moins de choses à faire. Et il faut plus d’une heure pour arriver à Djakarta même, à cause des embouteillages. Mais c’est la qu’on est bien contents d’avoir le chauffeur. C’est comme être dans le train par exemple sauf qu’il y a de la place et on va ou on veut exactement.
Sinon la ville est très dépaysante, j’ai eu l’occasion de la traverser pour des formalités administratives. J’ai déjà parle des embouteillages et des motos … Les gens ont un type physique très asiatique dans l’ensemble, mais ils ne sont pas tous « pareils » : il y en a des plus ou moins basanés, avec les yeux plus ou moins bridés… Partout il y a de petits chariots colorés qui sont des stands de bouffe locale (dangereux pour les intestins il parait), les commerces ont vraiment un style particulier, l’ambiance est difficile a exprimer. Par contre ce qui est facile a exprimer c’est la frustration que je ressens a tout voir a travers les vitres fumées de la voiture, de se faire conduire partout et d’avoir l’impression de toujours devoir rester dans les chemins balisés… mais ma visite aux bureaux de l’immigration m’a fait comprendre que les choses ne seraient pas aussi facile qu’au Brésil… je crois que beaucoup moins de gens parlent anglais et en plus on est tout de suite repérés en tant qu’étrangers, donc riches car soit expats soit touristes (quoiqu’a notre style c’est plutôt la première option qui prime). Les gosses sont marrants, ils nous regardent comme des attractions de foire, surtout à Cikarang (zéro tourisme).
Je n’ai pas trop vu de paysages encore, à part des bouts de ville. C’est marrant car j’ai parfois des impressions du Brésil, en particulier en ce qui concerne les bidonvilles, même si les briques rouges des indonésiens sont plus petites et que les conditions ont l’air encore pire.
Pour en revenir a mes ‘colocataires’, ils sont trois : le mec dont je parlais tout a l’heure, Clement, qui est notre supérieur direct. Il est sympa, même si je pense qu’on n’aurait pas été potes si on s’était rencontrés dans d’autres conditions. Le deuxième français, Jean, est dans le genre à donner des conseils tout droit sortis de son guide de voyage (j’ai le même merci) et si on l’écoute on ne fait rien ou presque qui n’a pas été auparavant testé et approuvé par lui. Mais il n’est pas méchant et même plutôt intéressant (ancien marin-pompier). Le 3e est Ignacio, un chilien un peu ouf sur les bords, c’est le ‘grand frère’, il aura 30 ans en mai. Mais il ne les fait pas et il est vraiment rigolo, et intéressant, on sent qu’il réfléchit beaucoup et prend le temps d’essayer de connaitre les indonésiens, bref il est très humain, dans le bon sens du terme.
Les premiers jours ont été assez calmes, boulot toute la journée, déjeuner avec Clement et Bruno (qui ont une tendance un peu trop marquée à parler boulot, apparemment c’est l’influence de Clement). Le soir on passe le temps « en famille », on papote, en anglais français et un peu espagnol. On rigole bien, surtout grâce à l’influence d’Ignacio, Jean et Clement sont plus posés. La maison est plutôt pas mal, grande, ma chambre est immense, avec une grande salle de bains, c’est super (c’est Bruno qui a décidé que je l’aurais mais je suis sure que les mecs me l’auraient laissée tellement ils sont gentils). Il y a une petite nana (Ikoum, la ‘maid’) qui est la pour nous faire a manger si on veut, le ménage et la vaisselle aussi. Au début ca m’a un peu choquée, je n’aime pas trop me faire servir, mais je crois qu’elle est contente avec ce boulot, et puis comme disent les autres, je dois attendre un peu et je vais m’habituer très vite. On va voir… mais je pense qu’ils ont raison. Et c’est une réflexion que j’ai déjà eu en France, ca serait même abuser que de ne pas avoir d’employés, vu ce que ca coute par rapport a ce que ca leur apporte.
Le premier week end a bien commencé, le vendredi soir petit resto-bar avec Bruno, Ignacio et Jean (Clement est parti en France entre autres pour se marier, il revient avec sa femme dans 3 semaines). Le bar s’appelle Aphrodite, c’est un endroit pour expats et riches Indonésiens. C’est marrant car c’est exactement le genre d’endroits que je fuyais au Brésil, mais en même temps comme me l’ont confirmé les mecs, je n’aurais rien à faire dans un bar populaire. Ce soir-la c’est soirée spéciale, il y a un tableau blanc ou on peut écrire son nom et un petit mot. Ignacio décline la proposition d’une hôtesse d’écrire, mais je l’engrène pour écrire de la merde. Ca donne « Viva la triple penetracion », signé Gilles (une blague entre Ignacio et Gilles, un français de la boite qui bosse au siège, très sympa aussi), j’écris « Gosto da punheta » signé Clement. Dans le bar on voit beaucoup de « vieux expats », 45-50 ans, des têtes de gens qui ont pas mal levé le coude pendant leur vie. Ils sont en groupe ou alors beaucoup sont avec des filles indonésiennes beaucoup plus jeunes. On ne va pas s’étonner…
On passe la soirée à discuter entre nous, c’est sympa, Bruno n’a pas de problème à passer une soirée avec nous même si on est plus jeunes que lui, mais pour recadrer il faut dire qu’il fait beaucoup plus jeune que son âge. Il est marrant car il est très cool, et en même temps on sent une personnalité intéressante, mais pas facile à comprendre. J’aime beaucoup Ignacio aussi, il m’appelle sa petite sœur. Je n’arrive pas trop à cerner Jean, il est posé, peut-être timide.
On ne rentre pas trop tard car les mecs ont formation de slickline le samedi matin et ca m’arrange car je suis crevée, trop d’émotions, de dépaysement et de nouveautés pour une semaine. La façon dont l’arrivée s’est faite, je n’ai pas eu beaucoup le temps de me poser pour réfléchir ou même ne penser a rien (je sais ca parait un peu contradictoire mais ca ne l’est pas tant que ca).
Le lendemain matin, quand je me lève les mecs ne sont pas la et je décide d’aller faire un petit tour a pied, mais ma clé ne veut pas ouvrir la porte d’entrée. Tout est fermé, j’arrive à sortir dans le jardin mais c’est à l’arrière de la maison et il faudrait escalader un mur. Je me dis que ca ne vaut pas le coup car ils devraient être de retour peu de temps après. J’échange quelques mots d’indonésien avec Ikoum la maid, elle part rejoindre sa famille (elle a deux enfants) pour le weekend, je lui donne un peu d’argent, je me suis laissé attendrir.
Ensuite on va manger au resto (vraiment pas cher, mais je vais essayer de ne pas en faire une habitude, tout est tellement gras) puis on part pour Djakarta, direction un quartier de centres commerciaux ‘spécialisés’, en l’occurrence on y va pour l’électronique. Sur le chemin on passe à coté de bidonvilles, ca a l’air plus dur que les favelas… et ca fait bizarre de passer a coté dans une grosse voiture avec chauffeur, je culpabilise encore plus que d’habitude.
Dans le centre commercial c’est un peu moins cher qu’en France, ca dépend des produits, mais je me suis acheté un appareil photo supplémentaire plus petit (Sony W-50) pour les photos de tous les jours et sur le terrain. C’est marrant, il faut marchander et je crois que j’ai eu des bons prix… pour une étrangère ! L’étape suivante était le Java Jazz Festival (Java est l’ile sur laquelle se trouve Djakarta). On a retrouvé Bruno la, et on a vu des concerts super, des très bons artistes, même si on ne les connaissait pas. Le moment rigolo de la soirée a été quand on s’est incrustés dans un espace VIP réservé aux managers d’Astro, une chaine de télé, grâce a Bruno (a son charisme si on l’écoute, en fait aussi grâce au manque d’assurance des hôtesses indonésiennes face aux expatriés). Justement il y a un petit malaise a ce niveau la, une sorte de rapport inégal qui s’est mis en place. On explique ca par diverses raisons, peu de temps d’indépendance donc une fierté nationale assez faible peut-être, la plus petite taille encore (peut-être), le fait que les étrangers amènent beaucoup d’argent et aussi parce que certains cultivent l’idée que les indonésiens leur sont inferieurs. Bref ce ne sont que des suppositions, je ne suis pas ici depuis assez longtemps pour tout analyser de manière objective.
La fin de soirée s’est passé au bar Los Amigos, bar mexicain dans le quartier diplomatique, diner sympa. Ahhhh je viens de voir passer un camion rempli de poulets entasses les uns sur les autres….. On parle beaucoup de grippe aviaire ici, ca a commencé dans le coin.
Samedi on est donc rentrés pas trop tard, on a encore eu une discussion intéressante avec Ignacio, et puis dodo. Le petit déjeuner a été pour nous un repas indonésien au centre commercial du coin, des brochettes de bœuf et du riz. Ensuite pour moi, direction Djakarta pour un petit tournoi d’ultimate, les gens étaient tous très sympas (j’en reviens à l’ instant ou j’écris), j’ai joué comme une merde mais après presque 6 mois (voire plus) presque sans sport, j’ai des excuses. Il y avait essentiellement des expats mais aussi des indonésiens, je me suis bien défoulée, j’y retournerai !!! Et normalement si le boulot le permet j’irai avec eux a un tournoi a Bali le week-end de Pâques.
Sinon spéciale dédicace a Antoine et Conight les motards, j’ai vu samedi soir une moto équipée d’un néon, et oui, rouge en l’occurrence. On en a rêvé pour vous, les Indonésiens l’ont fait !
Bisous a tous...
jeudi 1 mars 2007
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